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  • gonm - Lundi 5 Octobre 2015 16:45
    Réponse de Gérard Debout
    Monsieur le Préfet, mesdames, messieurs, chers amis,
    Je tiens, tout d’abord, Monsieur le Préfet, à vous remercier de nous accueillir ici et d’avoir accepté de nous remettre cette médaille : c’est un honneur qui me touche profondément.
    Je remercie le Ministère chargé de l’environnement et la DREAL de Basse-Normandie qui m’ont jugé digne et suffisamment méritant pour recevoir cette médaille.
    Je remercie Gérard Clouet qui n’y a pas peu contribué.
    Le GONm est une personne morale qui n’existe que par ses adhérents bénévoles et c’est à eux que je dédie cette médaille, en particulier à ceux d’entre eux qui se dévouent … sans compter ni leur temps, ni leur énergie, ni leur … argent ! Cet engagement personnel et citoyen se pour-suit depuis près de 50 ans puisque le GONm existe formellement depuis 1972 mais avait commencé à fonctionner en tant que tel dès 1967. 50 ans : c’est-à-dire plusieurs générations.
    Ces actions ont été jugées suffisamment utiles à la société pour que, dès 1991, l’État nous reconnaisse en nous déclarant d’Utilité publique.
    L’ornithologie que fait le GONm … donc (je n’y reviendrai pas) ce que font ses adhérents … est une science très ancienne dont l’objet est l’oiseau. Cette branche de la zoologie déjà bien identifiée par Aristote a apporté beaucoup à la biologie : pensons à Darwin et ses pinsons aux Galápagos, Mayr et ses études sur la spéciation mais aussi à 2 prix Nobel de physiologie et de médecine (puisqu’il n’y en a pas de biologie !) : Lorenz et Tinbergen pour leurs études sur l’éthologie : oies et choucas pour le premier, goélands et mouettes pour le second.
    Science ancienne donc, mais quand même à la pointe du progrès scientifique tant conceptuel-lement (dynamique des populations, écologie évolutive – études que menait notre fils Gabriel, …) que techniquement (utilisation de la géolocalisation, études isotopiques à visée biogéo-graphique ou à visée d’écologie alimentaire).
    Dans ce champ d’études, quelle est la contribution du GONm ? A-t-elle un sens ?
    Ces études de pointe, le GONm en mène lui-même, particulièrement dans le domaine des études d’écologie des oiseaux marins qui m’est si cher : c’est le cas des recherches menées à la réserve GONm de Chausey sur le tadorne de Belon au début des années 1990 avec des balises radio, celles menées peu après sur les cormorans (grand cormoran et cormoran huppé) avec des balises et des sondes enregistreuses confirmant la séparation des niches écologiques de ces deux espèces sympatriques, et enfin, tout dernièrement les études conduites sur les zones d’alimentation des mouettes tridactyles des réserves de Saint-Pierre-du-Mont et de Fécamp en utilisant des balises enregistreuses des mouvements des oiseaux et déchargeables automatiquement.
    Le GONm est, malgré tout et avant tout, un bon réseau de scientifiques bénévoles : un bon réseau de tels chercheurs est avant tout le garant d’une bonne couverture géographique que lui seul peut assurer : comment recenser autrement qu’avec un réseau de bénévoles, en un seul week-end de janvier, tous les oiseaux d’eau du Paléarctique ? Le GONm a su organiser son réseau d’observateurs pour réaliser des suivis ornithologiques fiables en Normandie et il le fait très bien. Cela a aboutit à une amélioration spectaculaire des connaissances puisque, dé-sormais, nous savons non seulement quel est le statut des oiseaux normands : nicheurs, hiver-nants ou autres, mais nous savons désormais pour presque toutes les espèces leurs effectifs nicheurs, pour beaucoup leurs effectifs en hivernage, nous sommes à même de déterminer quelles sont les variations démographiques de presque toutes les espèces normandes ainsi que leur répartition fine.
    Mais ce que le GONm fait encore plus depuis les années 1960, ce sont deux types d’études :
    - les suivis à long terme dont certains ont presque 50 ans (oiseaux marins nicheurs de Chausey et de Saint-Marcouf en particulier) ;
    - les études de pointe menées par certains adhérents … sur leur temps libre.
    Déjà, à mon arrivée au GONm en 1974 la connaissance que Bernard Braillon avait des vau-tours percnoptères m’avait littéralement sidéré. Mais, peu à peu, j’allais connaître d’autres personnes éminentes (Gaston Moreau, Michel Saussey) dont certains menaient ces études remarquables : Jean Collette et les oiseaux du bocage, Stéphane Lecocq et les oiseaux fores-tiers. Alain Chartier m’a réellement impressionné par son implication, le temps passé à ces suivis, l’énergie déployée pour escalader les arbres et atteindre les nids, la méthode scrupu-leuse mise en œuvre pour étudier les rapaces et la cigogne : des gros oiseaux mais aussi parmi les plus petits comme la cisticole des joncs : n’est-ce pas remarquable que de découvrir que cette espèce disparaît dès qu’il y a trois jours de gel sans dégel ! Voilà bien un indicateur bio-climatique.
    Personnellement, ce sont les oiseaux marins et, surtout, le grand cormoran, symbole de l’ornithologie normande, qui m’ont retenu.
    Ce qui me permet de faire le lien avec le second versant de notre activité, lié au premier et qui en dépend : la protection et la biologie de la conservation. Compter les oiseaux : c’est bien ; constater des déclins et n’en rien faire me semble irresponsable. Constater des déclins et agir pour essayer de les enrayer : c’est mieux. Très tôt, avant même de naître formellement, le GONm s’est occupé de réserves. Sur cette lancée, j’ai constamment agi pour que les oiseaux soient protégés, donc que leurs milieux de vie le soient.
    Au delà de nos seules réserves, le GONm s’est investi pour sauver d’autres sites importants de Normandie, toujours sur des bases scientifiquement étayées, ne serait-ce que les marais de Carentan, le marais du Hode. Pour ce dernier site, j’ai œuvré aux côtés d’un autre type d’ornithologue, Jean-Michel Henry, dont l’investissement dans les démarches administratives et politiques est le pendant nécessaire et indispensable à l’activité scientifique investie dans le domaine de la citoyenneté.
    Notre réseau de réserves donc : il compte plus de 30 sites dont certains sont prestigieux dont deux me sont particulièrement chers : Chausey et Saint-Marcouf. Mais aussi, il y a aussi la Grande Noé, les marais du Cotentin et du Bessin. Nous sommes propriétaires de plus de 220 ha et notre réseau abrite des effectifs importants d’espèces patrimoniales ; je n’en citerai que deux : Chausey qui abrite tous les couples nicheurs français de harle huppé (3 à 5 couples) et l’ensemble de nos réserves maritimes qui héberge plus de 98 % des cormorans huppés nicheurs normands, soit 1,5 % de la population mondiale.
    Ces réserves sont le point de concours de la protection et de la science car, une fois le site préservé, il faut le gérer et la biologie de la conservation va nous y aider : quel niveau d’eau dans le marais ? Pour quelles espèces ? Quel type de fauche ? Pour quelles espèces ? Quand ? Comment ? Faut-il réguler les goélands ? Ou pas ? Comment comprendre les évolutions dé-mographiques lorsque le facteur limitant qui agissait auparavant sur les colonies d’oiseaux de mer, le dérangement humain sur les îles par exemple, n’est plus opérant ? Il faut alors s’occuper de pollution, de ressources alimentaires et de là, de surpêche éventuelle, etc. …
    J’avoue que je n’imaginais pas tout cela lorsque j’ai adhéré au GONm. De fil en aiguille, op-portunités saisies, choix délibérés et acceptation de mettre le doigt dans l’engrenage m’ont conduit à l’engagement pour agir.
    Mais je ne peux pas terminer sans penser à mes enfants : à Gabriel bien sûr et à Guillaume, heureusement là, excellent observateur et dessinateur naturaliste. Enfin, merci à Claire, ma femme sans qui je n’aurai rien fait et qui m’a permis, par son implication, ses conseils et son attention de chaque instant, de mener à bien ma tâche au sein du GONm : elle et moi ne faisons qu’un.
  • gonm - Lundi 5 Octobre 2015 16:45
    Discours de M. Charbonniaud
    Quand Gérard Clouet m’a demandé si je serais disponible pour vous remettre votre croix de chevalier dans l’ONM, me précisant qui vous étiez, j’ai tout de suite dit oui.
    D’abord parce que j’ai confiance en lui, et que si vous étiez digne de son estime, vous l’êtes a priori de la mienne
    Mais aussi en raison de votre dévouement à la cause aviaire envers qui j’ai une dette. J’ai été très jeune, comme vous sans doute, passionné par la nature et sa faune. Personnellement, j’ai longtemps voulu être trappeur ou à défaut garde-pêche. Ma famille et la vie ne l’ont pas per-mis. Pourtant ma passion est restée forte. Mais, pour être franc, je ne suis pas arrivé à l’ornithologie, par la protection, mais plutôt par la porte opposée. Voilà ma dette, car l’âge venant, on devient plus respectueux et admiratif de la vie. Sans doute en apprend-on le prix. Maintenant, je ne pratique que la pêche, et en no-kill, comme un échange.
    Donc, pouvoir distinguer et rendre hommage à deux hommes qui ont voué leur vie à la pro-tection et à la promotion des oiseaux était pour moi une heureuse obligation.
    J’ai lu avec intérêt vos parcours respectifs.

    Commençons par le plus jeune même si ça se joue dans un mouchoir de poche.
    Gérard Debout, vous êtes né à Sfax dans le sud tunisien en 1952 où votre père, gendarme, était en poste depuis 1947. Votre séjour y fut très bref, les fonctions de votre père l'ayant amené quelques mois après votre naissance à revenir en France. Après différents postes en Indre-et-Loire puis dans les Deux-Sèvres, il revient en Normandie – sa région d'origine - en 1965.
    Vous êtes rentré à l'école normale de Saint-Lô, puis vous avez poursuivi à l'université de Caen des études que vous avez conclues en 1978 par un DEA avant de devenir professeur en sciences de la vie et de la terre, SVT en langage moderne, d'abord en collège pendant une douzaine d'années puis au lycée Victor Hugo à Caen à partir de 1989 jusqu'à ce que vous par-tiez en retraite en 2012. Tout en étant enseignant vous avez poursuivi vos études universitaires et soutenu en 1983, un doctorat de 3ème cycle. Cette thèse consacrée à la « régénération et croissance d’un ver de terre » vous a valu une mention très bien avec les félicitations du jury. Vous imaginez compte tenu de ce que je vous ai révélé sur mes passions, que cet aspect particulier de votre œuvre ne m’indiffère pas et que je le porte à votre crédit.
    L'intérêt pour l'Ornithologie vous est venu à l'occasion de vos études. D'abord au contact de Lucienne Lecourtois enseignante de Sciences Naturelles à l'EN de Saint Lô qui – me semble-t-il - est à l'origine de nombreuses vocation de naturalistes dans la Manche. C'est ainsi que vous avez été en contact avec le monde des bagueurs notamment avec Claude Desliens qui était très actif dans la Manche.
    A l'université votre champ d'intérêt s'est élargi à l'occasion des sorties de terrain avec les bo-tanistes Michel Provost, Alain Lecointe, et les zoologistes marins dont Pierre Legall. Vous y avez aussi côtoyé des étudiants naturalistes, notamment Bruno Lang, qui faisait déjà de l'orni-thologie de terrain. En compulsant le guide des oiseaux de la sélection du Reader's Digest, vous notez qu'il existe un bulletin « Le Cormoran », édité en Normandie par une association Le Groupe Ornithologique Normand (GONm). C'est ainsi que vous entrez en contact avec le fondateur du GONm, Bernard Braillon. Ce contact sera déterminant pour la suite de votre vie de scientifique associatif. En 1974, Bernard Braillon vous entraîne dans les Pyrénées à la dé-couverte du Percnoptère qui m’est cher car il vit du côté du col de Marie Blanque, en vallée d’Ossau, qui est mon « château de ma mère » à moi, à la façon de Marcel Pagnol. C’est non loin, au col d’Aubisque, que j’ai observé mes premiers gypaètes dans les années 60. Mais nous en reparlerons. C'est à cette occasion que vous croisez Alain Chartier qui allait devenir un futur compagnon de route. Printemps 1975, sortie aux îles Saint-Marcouf. C'est pour vous un choc qui fondera votre intérêt pour les oiseaux marins qui vont constituer votre champ d'étude privilégié.
    Vous devenez secrétaire du GONm en 1979, puis président en 1986.....et 29 ans plus tard vous l'êtes toujours.
    Cette association est créée en 1972 par des universitaires notamment Bernard Braillon.
    Elle est agréée au titre de l'Environnement, reconnue d’utilité publique en 1991 et en tant qu'association éducative complémentaire de l'enseignement public.
    La base des activités du GONm est avant toute chose scientifique (enquêtes, études, publica-tions). Le GONm relaie les enquêtes nationales ou internationales.
    Fort d’environ un millier d’adhérents sur toute la Normandie – comme quoi l'Ornithologie peut être fédératrice – et parmi eux environ 350 assurent régulièrement des observations orni-thologiques, le GONm est aussi devenu une petite entreprise qui emploie 11 salariés à temps plein.
    Le cumul des observations effectuées par les adhérents bénévoles a généré un fichier compor-tant plus de 1 500 000 données sur l’ensemble de la région. C’est à ce jour le seul fichier ré-gional permettant de disposer de séries d’observations sur une période d’une quarantaine d'années et qui nourrissent des publications recherchées.
    Ces données ont permis d’étayer, en matière d’ornithologie, les bases scientifiques de l’inventaire régional des ZNIEFF (Zones Naturelles d’Intérêt Écologiques Faunistiques et Floristiques). Je tiens à souligner que cette action lancée en 1984 par le ministère en charge de l’environnement a connu un grand développement en Basse-Normandie grâce au soutien es-sentiel apporté par les associations naturalistes. Elles ont aussi permis d’établir les bilans des ZPS destinés à l’Union européenne.
    Le GONm est aussi un gestionnaire d'espaces naturels avec un réseau de plus de 30 réserves dont vous avez été l’initiateur et dont vous êtes toujours responsable, ainsi que 250 refuges consacrés à l’avifaune. Une des réserves acquises par le GONm - celle des marais de la Taute dans la Manche – bénéficie du statut de réserve naturelle régionale (RNR). En raison des compétences acquises par le GONm, l’État lui a confié depuis 1984 la gestion de la réserve naturelle nationale de Vauville dans la Manche.
    Le GONm organise annuellement sur ses réserves plus de 500 animations auxquelles partici-pent en moyenne plus de 8 000 personnes.
    Votre engagement associatif a aussi été et reste un engagement familial. Claire votre épouse est également une ornithologue accomplie qui vous a toujours accompagné et soutenu dans vos actions. Vos enfants ont été des acteurs impliqués dès leur plus jeune âge dans cette pas-sion devenue familiale. Votre second fils comme sa mère exerce ses talents de dessinateur et est un très bon observateur.
    A titre personnel Gérard Debout, vous êtes aussi administrateur de la Société d’études orni-thologiques de France (SEOF), vous êtes vice-président après avoir été président du GISOM (Groupe d’intérêt scientifique oiseaux marins, basé au Muséum). Vous êtes l’auteur de nom-breuses publications scientifiques consacrées en majorité aux oiseaux marins et, en particulier, au grand cormoran auquel vous avez même consacré un livre. Sur cette espèce, nous avons peut-être des divergences.
    Vous siégez ou vous avez siégé dans de nombreuses instances scientifiques tant nationales que régionales. Vous êtes ainsi membre du Comité Scientifique Régional du Patrimoine Naturel de Basse-Normandie depuis sa création et de 4 comités consultatifs de réserves naturelles nationales (Vauville, Sangsurière, Beauguillot et Marais Vernier).
    Vous avez assuré l’encadrement ou la direction scientifique de plusieurs diplômes universi-taires y compris à l’étranger.
    Au sein du GONm, vous avez œuvré pour que des espaces naturels menacés soient préservés puis classés en espaces protégés : ce sont, en particulier, les Marais de Carentan, l’estuaire de la Seine ainsi que toutes les grandes colonies normandes d’oiseaux de mer.
    Tous ces mérites justifiaient amplement d’être reconnus par l’Ordre National du mérite qui, précisément, les consacre et le Président de la République y a pourvu
    Aussi, Gérard Debout, au nom du Président de la République, et en vertu, ……
  • gonm - Lundi 5 Octobre 2015 16:43

    Réponse d’Alain Chartier
    Monsieur le Préfet, Mesdames, Messieurs, chers amis,
    Monsieur le Préfet vient de retracer mon parcours naturaliste en termes élogieux et je l’en remercie.
    Lorsque Gérard Clouet m’a contacté pour me dire qu’il envisageait de déposer une demande pour que Gérard Debout et moi-même soyons élevés au rang de chevalier de l’ordre national du mérite, outre une certaine surprise, je pensais que mon parcours ne me qualifiait absolument pas pour un tel honneur : scolarité buissonnière, absence de diplôme universitaire, carrière linéaire dans la fonction publique. Autant de raisons qui me faisaient penser que je n’étais pas le bon cheval.
    J’ai donc fait part de mes doutes à Gérard Clouet en comparant le parcours professionnel et bénévole de Gérard Debout au mien, et là sa réponse fut claire : «Alain, démontre moi en quoi ton action en faveur de la nature est très inférieure à celle de Gérard durant toutes ces années de bénévolat ! ».
    Soit. La messe était dite ! J’acceptais. Regarder en arrière n’étant pas dans ma nature, j’ai donc eu quelques insomnies à essayer d’analyser mon parcours naturaliste et mon investisse-ment bénévole dans la protection de la nature à l’aune de la protection de l’environnement régional.
    Je me suis dit aussi, qu’après tout, si un ancien directeur adjoint de la DREAL était persuadé que je méritais bien cette distinction, au diable la modestie et qu’il fasse ce qu’il voulait.
    Gérard a donc enclenché la mécanique et lorsque, un an plus tard, le courrier de Madame la Ministre est arrivé, le nombre de questions et d’interrogations que je me posais s’est brus-quement envolé. J’ai donc eu recours au service d’internet pour comprendre le pourquoi de cette décoration.
    Il est dit que lorsque le Général de Gaulle en 1963 a décidé de créer l’ordre national du mé-rite, il lui avait assigné 3 missions :
    - stimuler les énergies individuelles qui contribuent au progrès de la nation ;
    - incarner la diversité de la société française ;
    - supprimer la multitude des ordres ministériels au profit d’un ordre unique.
    « L’ordre national du mérite récompense les mérites distingués (remarquables) acquis soit dans une fonction publique, civile ou militaire, soit dans l’exercice d’une activité privée».
    Je suis donc très fier que l’État m’ait considéré digne de cette nomination et je vais donc es-sayer de retracer mon parcours de naturaliste autodidacte au travers des cinq personnes qui m’ont le plus marqués et que je considère comme mes mentors.
    Je suis avant tout un observateur passionné par les recherches approfondies, effectuées sur le long terme et dont la précision ne peut être mise en cause. Et cela dès mon adolescence.
    Cette minutie, je la dois en premier à mon père, amateur passionné de botanique et de myco-logie, mais dont l’activité professionnelle d’expert comptable ne lui a jamais permis de s’investir autant qu’il l’aurait voulu. De lui, j’ai appris à observer la nature dès mon enfance, mais aussi, grâce au côté pointilleux de sa profession, à être précis et d’une grande rigueur scientifique. J’ai toujours estimé qu’il valait mieux accumuler les données, plutôt que de tenter des approches statistiques à partir d’échantillons ridiculement petits, potentiellement entachés d’erreurs.
    Parallèlement, mon adhésion aux naturalistes orléanais m’a permis de progresser rapidement et, à cette époque, rien ne pouvait m’empêcher d’assister aux réunions mensuelles qui avaient lieu. C’est là que j’ai fait connaissance d’un ornithologue, François Larigauderie, forte tête, grande gueule, mais bagueur hors pair, qui m’a initié au baguage des oiseaux. Monsieur le préfet, vous avez évoqué l’importance de cette rencontre.
    Une autre personne, peu connue des ornithologues normands, Gilbert Affre, alors qu’il était sous-directeur de l’école nationale des ingénieurs de constructions aéronautiques de Toulouse, a su canaliser mon énergie lorsque je me trouvais à l’école nationale du cadastre de Toulouse. Ayant participé activement une première année à l’atlas des oiseaux nicheurs sur toute la ré-gion toulousaine, mais sans rien approfondir, c’est lui qui m’incita à m’investir en 1974 dans l’étude des grands rapaces des Corbières alors peu connus. Tous mes week-ends j’effectuais une migration d’ouest en est à la recherche de ces merveilleux aigles, souvent seul, mais par la suite accompagné de deux compères, un montagnard, Martial Blanc et un lyonnais, Michel Doublier, ce dernier d’ailleurs toujours adhérent du GONm alors qu’il n’a jamais habité notre région. La découverte de la quinzaine d’aires d’aigles royaux ou de Bonelli, de quelques sites de nidification du hibou grand duc, des tichodromes et accenteurs alpins hivernants a aussi été le révélateur du fait que s’investir à fond dans des recherches ciblées étaient bien plus grati-fiant que papillonner à la recherche d’espèces rares.
    Arrivé en Normandie à la faveur d’un stage, les relations que j’ai eues avec Bernard Braillon ont eu un impact déterminant dans la conduite de mes recherches. Pour lui, toute découverte devait être dûment justifiée et à chaque observation sortant de l’ordinaire, la phrase « vous croyiez » revenait immanquablement. Bernard devait être apprivoisé ! C’est ainsi qu’en 1973 j’ai pu obtenir mes lettres de noblesse auprès de lui en prouvant la nidification de la fauvette pitchou au Mont-Pinçon et dans les landes de Jurques, information aussitôt confirmée de visu par une visite commune sur le terrain quelques jours plus tard. De ce jour-là, la confiance ré-gnait, mes observations étaient dignes de foi.
    Quelques années plus tard, lorsque j’ai entrepris l’étude des trois rapaces faisant partie du programme du CRBPO de 1981, je ne pensais pas que mon investissement se porterait surtout sur l’épervier d’Europe. Ce fut pourtant le cas dès 1983 à tel point qu’en 1985, Bernard Brail-lon me proposa de préparer sous son égide un Diplôme d’Études Supérieures sur cette espèce. Le programme que nous avions élaboré conjointement portait sur la biologie de reproduction, la dispersion et l’hivernage incluant des recherches à l’aide du radio tracking. La vie en a dé-cidé autrement, Bernard Braillon disparaissant en 1986. L’épervier d’Europe reste encore à ce jour l’espèce qui m’aura le plus marqué dans la mesure où le suivi des quelques 400 nids et le baguage des 1100 poussins m’auront demandé des efforts considérables, au détriment d’une vie de famille plus calme et sereine. Je tiens à louer ici la patience de ma femme, Nita et de mes enfants, Céline et Olivier, qui ont parfois eu à souffrir des mes absences, mais aussi ont pu être angoissés lors de ces escalades pas toujours dénuées de risque.
    Enfin, je ne peux pas évoquer ceux qui ont été mes mentors, mes guides, sans parler de toi, Gérard. Je peux te le dire aujourd’hui « je n’aurai pas accepté cette distinction si tu ne l’avais pas eu avant moi ».
    Au delà du fait que nous avions des vues très proches de la protection de la nature, mais aussi dans la façon de mener des études, ta ténacité, ton opiniâtreté ont été pour moi un catalyseur pour m’investir dans la protection par exemple du marais de Ver-Meuvaines ou du territoire qui deviendra le PNR des marais du Cotentin et du Bessin. Sans toi, sans ton soutien, mon investissement au sein du GONm n’aurait pas été aussi important.
    Dès les années 1980 et contrairement à certaines voix qui s’élevaient pour préconiser une pro-tection globale de l’environnement, nous avons vite compris que cette vision était totalement utopique et que la mécanique de la destruction de la nature banale était en marche et inéluc-table. La création de réserves s’avérait indispensable et c’est ce que nous avons fait à une époque où d’autres campaient toujours sur leurs positions. Depuis, les faits nous ont donné raison.
    Aussi, aujourd’hui, ma plus grande fierté, c’est d’avoir initié au sein du GONm l’acquisition de parcelles pour protéger des ilots de nature au cœur d’ensemble par ailleurs riches, mais pas gérés au mieux pour la biodiversité. Les résultats que nous obtenons avec nos 189 ha dans les marais du Cotentin et du Bessin sont édifiants.
    Seul regret, que le GONm n’ai pas pu acheter des terrains avant, car je reste persuadé que si nous avions pu être propriétaire de la même surface au début des années 1980, le râle des ge-nêts serait encore présent aujourd’hui sur le territoire de ce PNR.
    Pour terminer, je tiens à remercier la Direction des Services Fiscaux car tous mes chefs de service, sans exception, m’ont permis de participer à des réunions départementales ou régio-nales durant mes horaires de travail.
    Monsieur le Préfet, ce grade de Chevalier de l’Ordre National du Mérite, je le dois à mon pa-pa, à François Larigauderie, à Gilbert Affre, à Bernard Braillon. C’est à eux qui ne l’ont pas obtenu que je dédie cette décoration. Quant à toi, Gérard, je te félicite pour cette nomination.
  • gonm - Lundi 5 Octobre 2015 16:42
    Discours de M. Charbonniaud
    Venons en maintenant à vous, Monsieur Alain Chartier. Vous illustrez une autre espèce d’ornithologue, de la classe des passionnés bénévoles, dont les caractéristiques les rapprochent à s’y méprendre, après quelques années de passion, de l’espèce des scientifiques reconnus.
    Alain Chartier vous êtes né en 1949 à Orléans.
    Après vos études secondaires, vous avez suivi un cursus de formation à l'école nationale du cadastre de Toulouse de 1972 à 1975. A votre sortie vous avez été affecté à la Direction des Services Fiscaux du Calvados, brièvement à Lisieux et Caen puis ensuite à Bayeux où vous avez effectué toute votre carrière de 1977 à 2005 avant de prendre finalement votre retraite avec le grade de géomètre principal.
    Votre père, expert-comptable, était passionné de mycologie et de botanique c'est ainsi que vous avez été baigné très tôt dans cette passion de l'observation de la nature.
    Le Berry de votre grand-mère sera votre terrain d'aventure et de découverte privilégié. C'est là que vers 10-12 ans vous vous adonnerez avec un copain à l'observation des reptiles et des batraciens dans les mares … et qui sait peut-être à « La Mare au Diable » ?
    Vers 15 ans, une rencontre avec François Larigauderie, un ornithologue réputé et bien connu dans l'Orléanais qui vous initie à 15 ans au baguage des oiseaux.... ce qui vous permettra de devenir bagueur dès 1971. Une spécialité remarquable qui m’a toujours paru hors de portée.
    Il est aussi une autre rencontre déterminante, mais avec un livre cette fois, dans la vitrine d'une librairie d'Orléans. Il s'agit de l'ouvrage du grand naturaliste suisse Paul Géroudet : « Les rapaces diurnes et nocturnes », dans l'édition sous jaquette jaune ornée d'un dessin de Gypaète barbu. Vous en avez, si mes informations sont exactes, encore un souvenir très vivace. Acquit et dévoré sur le champ, cet ouvrage culte des ornithologues déterminera chez vous un intérêt soutenu pour les rapaces.
    C'est à un autre oiseau mythique pour les ornithologues, notre ami le vautour Percnoptère, que vous devez votre rencontre dans les Pyrénées avec Gérard Debout alors jeune adhérent du Groupe Ornithologique Normand fondé en 1972 sans que les mâles dominants n’en prennent encore ombrage..
    Vous devenez adhérent du GONm dès 1973 pendant vos années de stage pratique en Nor-mandie.
    Tout au long de vos années d'activités scientifiques, vos préférences de recherches vont à bio-logie de la reproduction. Vous y avez consacré l'essentiel du votre temps libre et de vos con-gés. Rencontrée à l'occasion de vos nombreux contacts avec les universitaires caennais qui avaient fondé le GONm, votre femme Anita vous a toujours soutenu mais aussi souvent suivi dans ces activités.
    Vos participations ont relevé de programmes ciblés sur certaines espèces comme la bécassine des marais, ou dans le cadre du Suivi temporel des oiseaux communs, mieux connus des orni-thologues sous l'acronyme STOC, puis récemment au programme visant à déterminer les haltes migratoires du très rare phragmite aquatique. Pour les initiés, il s’agit du programme « Acrola » du nom latin du phragmite : Acrocephalus paludicola.
    En une quarantaine d'année vous avez quand même bagué plus de 15 000 oiseaux, dont plus de 4 000 poussins de rapaces et de cigognes blanches. Beaucoup d’histoires, j’imagine, à ra-conter comme celle de l’attestation sur l’agressivité des cigognes mâles qui s’attaquent aux voitures. Je comprends la circonspection de l’assureur. Il fallait votre réputation, j’imagine, pour crédibiliser l’affaire.
    Des résultats remarquables aussi ont mis en valeur vos travaux. Vous êtes personnellement à l'origine de 3 000 contrôles sur les 7 500 qui ont été effectués. Il faut signaler un contrôle ex-ceptionnel : celui d'une cigogne née en Normandie et repérée nichant en Russie. C'est le pre-mier cas signalé d’une cigogne française nichant au sein de la population de l’est de l’Europe. A noter aussi une reprise hors norme, celle d’une cigogne venue mourir en Afrique du sud. Comme il se doit des articles ont été consacrés à ces données exceptionnelles.
    Pour les passereaux, des constatations tout à fait incroyables :
    - deux phragmites des joncs bagués sur la RNR des marais de la Taute ont été contrôlés dans le Djoudj au Sénégal,
    - un phragmite aquatique de 12 grammes, bagué par une équipe allemande au Djoudj, que vous avez contrôlé en migration l’été suivant sur le RNR des marais de la Taute,
    - une mésange bleue de 9 grammes, baguée en février 2009 dans votre jardin, contrôlée en Lituanie en octobre 2009 (1 624 km) dans le cadre du suivi des populations des oiseaux hi-vernants.
    Alain Chartier vous êtes un autodidacte qui a su acquérir en matière d’ornithologie un niveau de connaissance élevé. Vos communications et publications dans des revues de notoriété na-tionale ou internationale font autorité dans le monde de l’ornithologie. Vos activités en tant que correspondant du Centre de Recherche sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (CRBPO) pendant près de 30 ans ont permis d’apporter des contributions déterminantes dans le suivi de certaines espèces à large amplitude migratoire.
    Vous occupez depuis une trentaine d’années des fonctions dirigeantes au sein du Groupe Or-nithologique Normand qui est la plus importante association de naturaliste en Basse-Normandie. Vous y avez notamment assuré au sein de cette association le suivi scientifique de la colonisation de la Basse-Normandie par les Cigognes blanches dont vous êtes devenu un spécialiste réputé que les gestionnaires d’espaces tel le Parc Naturel Régional des marais du Corentin et du Bessin ont mobilisé régulièrement.
    Là aussi, des mérites éminents, heureusement reconnus par la décoration que je vais avoir le plaisir de vous remettre, Alain Chartier, au nom …
  • gonm - Jeudi 11 Juillet 2013 10:36
    Hommage à Lucienne Lecourtois (par Jean Collette)

    Les qualités d’organisatrice de Mlle Lecourtois, instigatrice de nombreux stages dans la Manche ont déjà été rapportées. Ses capacités de conciliation plus discrètes étaient un autre atout. Dans les années 1970, les relations avec les représentants de la chasse étaient très conflictuelles. GONm et CREPAN collaboraient, l’un collectant des données objectives, l’autre « ferraillant ». Ainsi, au cours de l’hiver 1978-79 très froid, les démarches administratives et médiatiques pour la suspension de la chasse furent pressantes au nom de la section Manche du CREPAN. Simultanément, depuis novembre 1978, une tentative de dialogue avec des représentants des chasseurs avait été instituée et se poursuivit en 1979. Trois rencontres eurent lieu auxquelles Mlle Lecourtois participa activement comme organisatrice.
    Un peu plus tard, le GONm et le CREPAN cessèrent leur collaboration dans la douleur, Mlle Lecourtois fidèle au CREPAN n’en resta pas moins adhérente du GONm, persuadée qu’elle était de l’intérêt de l’activité de l’association. Elle sut faire la différence entre les objectifs du groupe et les griefs qu’elle était en droit de nourrir à l’encontre de tel ou tel, trente ans d’adhésion ne coulent pas sans prétextes à désaccord…
    C’est une belle leçon de vie associative...

    Jean Collette, le 5 août 2010
  • gonm - Jeudi 11 Juillet 2013 10:35
    Hommage à Lucienne Lecourtois (par Jacques Alamargot )

    Pionnière de l’écologie, dévouée à toute l’histoire naturelle, généreuse de son temps, Mademoiselle Lecourtois a contribué à l’essor de l’ornithologie contemporaine et qualitative dans le département de la Manche.
    Elle a grandement contribué à la protection des oiseaux, à l’organisation au printemps 1967 du démazoutage des victimes ailées du premier grand naufrage du pétrolier sur nos côtes : le « Torrey canyon », et à la création des premières réserves intégrales (Nez-de-Jobourg, en mai 1966 dont elle fut le premier conservateur et mare de Vauville).
    Je l’ai rencontrée pour la première fois en 1960 à Saint-Lô. Elle m’a ouvert sa bibliothèque de naturaliste qui était riche des précieux « Géroudet ». C’est grâce à elle que j’ai participé en 1962, avec elle, à l’un des premiers stages de baguage d’oiseaux à l’île d’Ouessant organisé par Michel-Hervé Julien.
    Écologiste avant l’heure, elle m’a surpris avec la fabrication de ses entremets gélifiés aux algues rouges collectées sur l’estran. Infatigable dans sa 2CV, elle était toujours disponible pour aller chercher un oiseau mazouté, pour découvrir la baie des Veys ensevelie sous la neige, pour dénombrer les macreuses hivernant en baie du Mont-Saint-Michel, ou pour écouter le brame des cerfs en forêt de Cerisy…
    Elle m’a encouragé dans ma passion pour les sciences naturelles et pour les oiseaux, elle m’a montré un aspect social, vulgarisateur, pédagogique et altruiste de la connaissance de notre environnement le plus souvent animé par des naturalistes solitaires. Elle m’a été d’un grand soutien dans la réalisation de ma thèse de doctorat vétérinaire « Les oiseaux de la réserve ornithologique du Nez-de-Jobourg (Manche) ».
    On a beau dire que la mort est notre destinée irrémédiable, comme celle de nos protégés, les oiseaux que nous observons ; la disparition de Mademoiselle Lecourtois du monde des vivants, même précédée d’une période d’absence progressive du terrain ornithologique, m’émeut profondément.

    Jacques Alamargot (JAl), (membre du GONm) 3 juillet 2010
  • gonm - Jeudi 11 Juillet 2013 10:35
    Hommage à Lucienne Lecourtois (par Martine Rundle)

    Je suis très touchée par la nouvelle de la disparition de Mlle Lecourtois. J’étais jeune normalienne totalement ignorante du monde des oiseaux quand elle m’a accueillie au cours des différents camps de baguage dans la Manche. Jusqu’à mon départ pour la région parisienne, je n’en ai pas manqué beaucoup, toujours enchantée de partager ces journées de découverte et de convivialité avec Jacques Alamargot, Alain Typlot, l’abbé Thiphaigne … et tous les autres passionnés de l’époque (il y avait aussi un dentiste du Havre très jovial qui n’avait pas son pareil pour enfoncer dans le sol les supports des filets de baguage).
    Je me souviens avoir partagé avec Mlle Lecourtois des bains revigorants pendant des vacances de Pâques dans la baie d’Écalgrain (près de Nez-de-Jobourg) ou à Vauville. En scientifique indécrottable, elle promenait dans l’eau un thermomètre pour vérifier les infimes variations de température qui lui faisaient dire : «elle est bien meilleure par ici»!!!
    Toutes mes pensées l’accompagnent.

    Martine Rundle, (membre du GONm : pour les anciens, Martine Digo) 6 juillet 2010
  • gonm - Jeudi 11 Juillet 2013 10:34
    Hommage à Lucienne Lecourtois (par Nicole Girard)

    Mademoiselle Lecourtois est née le 20 janvier 1916 sous une éclipse de lune ; elle part un peu avant l’éclipse de soleil. C’est un être solaire qui nous quitte. Luce, une lumière modeste mais éclairante.
    Pionnière de la préservation des sites dans la Manche dans le cadre de la SEPNBC (Société pour l’étude et la protection de la Nature en Bretagne et Cotentin) elle avait dressé la liste des sites intéressants pour les naturalistes et les défendait dans la commission du même nom. Dans le cadre de la régionalisation, le GONm et le CREPAN (Comité Régional pour l’étude, la Protection et l’Aménagement de la Nature) ont pris la relève et nombre de ceux-ci sont maintenant protégés.
    Pionnière du baguage d’oiseaux, elle a initié nombre d’entre nous à l’ornithologie lors des stages qu’elle organisait à Saint-Martin-de-Bréhal en automne et à Gatteville avec Bernard Braillon au printemps.
    Ces stages faisaient aimer les sciences naturelles à tous. Entre deux relevés de filets, on faisait de la botanique, on découvrait les champignons et les plantes sauvages comestibles. Elle savait se nourrir sobrement sans détruire la nature.
    Scientifique de terrain, elle n’avait pas le cœur sec et ne supportait pas la souffrance animale. Nous repartions presque toujours de stage avec quelques alcidés mazoutés à soigner. Nous avons longtemps cherché les bons produits de nettoyage et comment résoudre le problème de l’imperméabilité. Elle allait baigner ses guillemots sur la plage de Granville et ils poursuivaient leur réhabilitation dans le bassin de l’École normale de Saint-Lô.
    Elle m’a donné l’idée de devenir bagueuse pour le Muséum après les trois stages requis dont un à Orléans chez François Larigauderie autre naturaliste de terrain mort cette année, et aussi de parvenir à maîtriser les techniques de réhabilitation des oiseaux mazoutés. C’est bien en partie grâce à elle qu’il y a maintenant un centre de sauvegarde des oiseaux marins dans la Manche et chaque oiseau sauvé lui doit un peu la vie.
    Mlle Lecourtois a laissé une petite empreinte écologique sur la planète mais une grande empreinte dans les esprits, les créations et les réalisations de projets.

    Nicole Girard, le 6 juillet 2010 ; Présidente de l’association de « sauvegarde des oiseaux mazoutés du Cotentin », 50330 Gonneville
  • gonm - Jeudi 11 Juillet 2013 10:33
    Hommage à Lucienne Lecourtois (par Jacques Alamargot & Jean Collette)

    Lucienne Lecourtois connue sous le nom de « Mademoiselle Lecourtois » ou « LLe » dans la nomenclature des observateurs du GONm, nous a quittés le 2 juillet 2010 à Granville, suite à un arrêt cardiaque. Elle avait 94 ans. C’est une figure discrète, compétente, infatigable et généreuse de l’ornithologie normande qui s’est éteinte. Elle a largement contribué au développement de cette activité dans le département de la Manche et a laissé de nombreux souvenirs parmi les membres du GONm.
    Dans cet éloge, après un bref exposé de sa carrière entièrement dévolue à l’histoire naturelle et à la protection de la nature, nous mentionnerons quatre témoignages de membres de notre association.
    Lucienne Lecourtois est née le 20 Janvier 1916 à Villedieu-les-Poêles (département de la Manche), la ville de ses ancêtres. Son père, mégissier, artisanat aujourd’hui disparu, était spécialisé dans le tannage de peaux d’âne pour tambours. Lucienne a, tout naturellement, fait ses études primaires dans la cité du cuivre, ses études secondaires à Vire et ses études supérieures en physique-chimie et biologie à Caen. Son premier poste d’enseignante a été Cormolain (Calvados). Après la guerre, elle enseigne les sciences naturelles, physiques et chimiques à l’École normale d’instituteurs de Saint-Lô. Elle s’installe alors dans le chef-lieu du département de la Manche où elle terminera sa carrière d’enseignante. Elle a su éveiller chez ses élèves le goût pour les sciences. Quatre d’entre eux ont d’ailleurs poursuivi leur carrière d’enseignant-chercheur à l’université, dont un a même assumé les fonctions de doyen et de vice-président de l’Université de Claude Bernard - Lyon I.
    Elle apprécie les bords de mer et particulièrement les îles d’Ouessant et Chausey où elle se rend souvent. Elle choisit d’ailleurs pour sa retraite de s’installer à Granville, dans une maisonnette de la haute-ville, exposée à la mer avec une vue imprenable sur les îles Chausey.
    Toutes les activités de LLe sont marquées par son goût pour les sciences naturelles, notamment la botanique, les algues et les champignons mais aussi pour les oiseaux et les autres vertébrés et pour la protection des sites naturels de la Manche.
    Elle s’investit dans l’ornithologie de terrain, la sauvegarde des oiseaux blessés et surtout mazoutés, le baguage des oiseaux. Mademoiselle Lecourtois est la première à rédiger, dupliquer (au stencil à alcool) et diffuser les listes d’oiseaux observés lors des stages ornithologiques dans la Manche. Celles-ci constituent les premiers rapports d’ornithologie locale diffusés, au moment où Bernard Braillon met au point la revue « Le Cormoran » édité par le GONm. Cette action s’inscrit dans le cadre du grand essor de l’observation contemporaine des oiseaux sauvages dans leur milieu naturel, activité connue de tous sous le nom, autrefois confidentiel, d’« ornithologie ». Le début de cet essor peut être en effet situé en France dans les années 1960 avec la parution du « guide d’identification des oiseaux d’Europe » de Hollom et Peterson.
    Dans le cadre de la SEPNBC (Société pour l’étude et la protection de la Nature en Bretagne et Cotentin), association précédant les créations du CREPAN (Comité Régional d’Etude pour la Protection et l’Aménagement de la Nature) et du GONm, elle inventorie nos milieux sensibles et met en place les premières réserves naturelles du département de la Manche, dont en 1968 celle du Nez-de-Jobourg - à l’époque si riche en oiseaux de mer nicheurs – et un peu plus tard celle de la mare de Vauville et des îles Saint-Marcouf. Elle s’investit aussi dans les projets de mise en réserve des havres du Cotentin, mais avec moins de succès car quarante ans après, ceux–ci ne sont toujours pas placés en réserves naturelles.
    LLe organise avec dévouement des expositions naturalistes et des stages ornithologiques et de baguage partout dans la Manche : St-Martin de Bréhal, Gatteville, Vauville, et surtout dans les îles Chausey qu’elle aime tant. Elle est membre de la commission départementale des sites siégeant en préfecture, institution consultative qui donne son avis au Préfet sur les projets mettant en jeu la protection de la nature dans le département.

    Heurtée par un cyclomotoriste en 1975, elle en gardera des séquelles qui la limiteront dans ses infatigables randonnées. Sa vue diminuant régulièrement avec l’âge, elle doit progressivement restreindre ses activités naturalistes, mais conservera jusqu’au bout sa vivacité intellectuelle et son intérêt pour les sciences de la nature. En juin 2007, elle rejoindra la maison de retraite « Saint-Gabriel » - sise rue Jean Rostand - à Granville. C’est là le 2 juillet 2010 vers midi qu’elle s’éteindra, discrètement comme sa vie l’a été. Elle est inhumée dans le caveau familial de Villedieu.

    Jacques Alamargot & Jean Collette
  • collette - Jeudi 30 Mai 2013 08:30
    Association "les oiseaux mazoutés du Cotentin"
    Nicole Girard précise: (mail du 28 mai 2013):
    A propos de l'association "oiseaux mazoutés du Cotentin " à la suite du naufrage du Iévoli-Sun dans la Manche et non de l'Erika . Les ornithos
    locaux ont pensé que je pouvais soigner les oiseaux mazoutés puisque je le faisais déjà avec Melle Lecourtois depuis les années 70 ;
    jamais aucun bagueur masculin ne s'est investi dans ce problème . La compassion serait-elle une vertu féminine ? A Gonneville nous avions un bassin .
    Nous n'avions pas les bonnes techniques de réimperméabilisation et c'est pourquoi Lucienne allait les baigner ; Il faut une piscine où ils peuvent entrer et sortir et ils rangent leurs plumes eux-mêmes petit à petit et aucune trace de gras à la surface de l'eau. J'ai appris cela ensuite avec les vétérinaires américains du Fonds mondial pour la protection des animaux (IFAW) venus aider à la formation des gens qui avaient participé au sauvetage des oiseaux après l'Erika.
    L'Ifaw nous a financés pour faire un centre de sauvegarde car il y a 330 km de côtes dans notre département et rien pour les oiseaux en difficulté. J'ai passé le certificat de capacité et obtenu l'ouverture d'un centre de sauvegarde par la Préfecture en 2005. Le centre est financé par la centaine d'adhérents de l'association. Nous avons des relais jusqu'à Coutances et St Lô mais jamais personne au sud.