Accueil / Etudes / Une histoire d'ornithologues /

Cérémonie de remise des insignes de Chevalier de l’Ordre National du Mérite

OrdreMerite (1).JPG Cérémonie de remise des insignes de Chevalier de l’Ordre National du MériteMiniatures19620703-OUESSANT-stage-baguage-L LecourtoisCérémonie de remise des insignes de Chevalier de l’Ordre National du MériteMiniatures19620703-OUESSANT-stage-baguage-L LecourtoisCérémonie de remise des insignes de Chevalier de l’Ordre National du MériteMiniatures19620703-OUESSANT-stage-baguage-L LecourtoisCérémonie de remise des insignes de Chevalier de l’Ordre National du MériteMiniatures19620703-OUESSANT-stage-baguage-L LecourtoisCérémonie de remise des insignes de Chevalier de l’Ordre National du MériteMiniatures19620703-OUESSANT-stage-baguage-L LecourtoisCérémonie de remise des insignes de Chevalier de l’Ordre National du MériteMiniatures19620703-OUESSANT-stage-baguage-L LecourtoisCérémonie de remise des insignes de Chevalier de l’Ordre National du MériteMiniatures19620703-OUESSANT-stage-baguage-L Lecourtois

Remise de l'Ordre National du Mérite à Gérard Debout, président du Groupe Ornithologique Normand.
Mercredi 8 juillet 2015 à 17h30 dans les salons de l’Hôtel de la Préfecture de Région par M. Jean Charbonniaud, Préfet de Région.

Auteur
JF Elder
Ajoutée le
Lundi 5 Octobre 2015
Dimensions
4608*2592
Fichier
OrdreMerite (1).JPG
Poids
2177 Ko
Visites
5100
Score
pas de note

2 commentaires

  • gonm - Lundi 5 Octobre 2015 16:45
    Discours de M. Charbonniaud
    Quand Gérard Clouet m’a demandé si je serais disponible pour vous remettre votre croix de chevalier dans l’ONM, me précisant qui vous étiez, j’ai tout de suite dit oui.
    D’abord parce que j’ai confiance en lui, et que si vous étiez digne de son estime, vous l’êtes a priori de la mienne
    Mais aussi en raison de votre dévouement à la cause aviaire envers qui j’ai une dette. J’ai été très jeune, comme vous sans doute, passionné par la nature et sa faune. Personnellement, j’ai longtemps voulu être trappeur ou à défaut garde-pêche. Ma famille et la vie ne l’ont pas per-mis. Pourtant ma passion est restée forte. Mais, pour être franc, je ne suis pas arrivé à l’ornithologie, par la protection, mais plutôt par la porte opposée. Voilà ma dette, car l’âge venant, on devient plus respectueux et admiratif de la vie. Sans doute en apprend-on le prix. Maintenant, je ne pratique que la pêche, et en no-kill, comme un échange.
    Donc, pouvoir distinguer et rendre hommage à deux hommes qui ont voué leur vie à la pro-tection et à la promotion des oiseaux était pour moi une heureuse obligation.
    J’ai lu avec intérêt vos parcours respectifs.

    Commençons par le plus jeune même si ça se joue dans un mouchoir de poche.
    Gérard Debout, vous êtes né à Sfax dans le sud tunisien en 1952 où votre père, gendarme, était en poste depuis 1947. Votre séjour y fut très bref, les fonctions de votre père l'ayant amené quelques mois après votre naissance à revenir en France. Après différents postes en Indre-et-Loire puis dans les Deux-Sèvres, il revient en Normandie – sa région d'origine - en 1965.
    Vous êtes rentré à l'école normale de Saint-Lô, puis vous avez poursuivi à l'université de Caen des études que vous avez conclues en 1978 par un DEA avant de devenir professeur en sciences de la vie et de la terre, SVT en langage moderne, d'abord en collège pendant une douzaine d'années puis au lycée Victor Hugo à Caen à partir de 1989 jusqu'à ce que vous par-tiez en retraite en 2012. Tout en étant enseignant vous avez poursuivi vos études universitaires et soutenu en 1983, un doctorat de 3ème cycle. Cette thèse consacrée à la « régénération et croissance d’un ver de terre » vous a valu une mention très bien avec les félicitations du jury. Vous imaginez compte tenu de ce que je vous ai révélé sur mes passions, que cet aspect particulier de votre œuvre ne m’indiffère pas et que je le porte à votre crédit.
    L'intérêt pour l'Ornithologie vous est venu à l'occasion de vos études. D'abord au contact de Lucienne Lecourtois enseignante de Sciences Naturelles à l'EN de Saint Lô qui – me semble-t-il - est à l'origine de nombreuses vocation de naturalistes dans la Manche. C'est ainsi que vous avez été en contact avec le monde des bagueurs notamment avec Claude Desliens qui était très actif dans la Manche.
    A l'université votre champ d'intérêt s'est élargi à l'occasion des sorties de terrain avec les bo-tanistes Michel Provost, Alain Lecointe, et les zoologistes marins dont Pierre Legall. Vous y avez aussi côtoyé des étudiants naturalistes, notamment Bruno Lang, qui faisait déjà de l'orni-thologie de terrain. En compulsant le guide des oiseaux de la sélection du Reader's Digest, vous notez qu'il existe un bulletin « Le Cormoran », édité en Normandie par une association Le Groupe Ornithologique Normand (GONm). C'est ainsi que vous entrez en contact avec le fondateur du GONm, Bernard Braillon. Ce contact sera déterminant pour la suite de votre vie de scientifique associatif. En 1974, Bernard Braillon vous entraîne dans les Pyrénées à la dé-couverte du Percnoptère qui m’est cher car il vit du côté du col de Marie Blanque, en vallée d’Ossau, qui est mon « château de ma mère » à moi, à la façon de Marcel Pagnol. C’est non loin, au col d’Aubisque, que j’ai observé mes premiers gypaètes dans les années 60. Mais nous en reparlerons. C'est à cette occasion que vous croisez Alain Chartier qui allait devenir un futur compagnon de route. Printemps 1975, sortie aux îles Saint-Marcouf. C'est pour vous un choc qui fondera votre intérêt pour les oiseaux marins qui vont constituer votre champ d'étude privilégié.
    Vous devenez secrétaire du GONm en 1979, puis président en 1986.....et 29 ans plus tard vous l'êtes toujours.
    Cette association est créée en 1972 par des universitaires notamment Bernard Braillon.
    Elle est agréée au titre de l'Environnement, reconnue d’utilité publique en 1991 et en tant qu'association éducative complémentaire de l'enseignement public.
    La base des activités du GONm est avant toute chose scientifique (enquêtes, études, publica-tions). Le GONm relaie les enquêtes nationales ou internationales.
    Fort d’environ un millier d’adhérents sur toute la Normandie – comme quoi l'Ornithologie peut être fédératrice – et parmi eux environ 350 assurent régulièrement des observations orni-thologiques, le GONm est aussi devenu une petite entreprise qui emploie 11 salariés à temps plein.
    Le cumul des observations effectuées par les adhérents bénévoles a généré un fichier compor-tant plus de 1 500 000 données sur l’ensemble de la région. C’est à ce jour le seul fichier ré-gional permettant de disposer de séries d’observations sur une période d’une quarantaine d'années et qui nourrissent des publications recherchées.
    Ces données ont permis d’étayer, en matière d’ornithologie, les bases scientifiques de l’inventaire régional des ZNIEFF (Zones Naturelles d’Intérêt Écologiques Faunistiques et Floristiques). Je tiens à souligner que cette action lancée en 1984 par le ministère en charge de l’environnement a connu un grand développement en Basse-Normandie grâce au soutien es-sentiel apporté par les associations naturalistes. Elles ont aussi permis d’établir les bilans des ZPS destinés à l’Union européenne.
    Le GONm est aussi un gestionnaire d'espaces naturels avec un réseau de plus de 30 réserves dont vous avez été l’initiateur et dont vous êtes toujours responsable, ainsi que 250 refuges consacrés à l’avifaune. Une des réserves acquises par le GONm - celle des marais de la Taute dans la Manche – bénéficie du statut de réserve naturelle régionale (RNR). En raison des compétences acquises par le GONm, l’État lui a confié depuis 1984 la gestion de la réserve naturelle nationale de Vauville dans la Manche.
    Le GONm organise annuellement sur ses réserves plus de 500 animations auxquelles partici-pent en moyenne plus de 8 000 personnes.
    Votre engagement associatif a aussi été et reste un engagement familial. Claire votre épouse est également une ornithologue accomplie qui vous a toujours accompagné et soutenu dans vos actions. Vos enfants ont été des acteurs impliqués dès leur plus jeune âge dans cette pas-sion devenue familiale. Votre second fils comme sa mère exerce ses talents de dessinateur et est un très bon observateur.
    A titre personnel Gérard Debout, vous êtes aussi administrateur de la Société d’études orni-thologiques de France (SEOF), vous êtes vice-président après avoir été président du GISOM (Groupe d’intérêt scientifique oiseaux marins, basé au Muséum). Vous êtes l’auteur de nom-breuses publications scientifiques consacrées en majorité aux oiseaux marins et, en particulier, au grand cormoran auquel vous avez même consacré un livre. Sur cette espèce, nous avons peut-être des divergences.
    Vous siégez ou vous avez siégé dans de nombreuses instances scientifiques tant nationales que régionales. Vous êtes ainsi membre du Comité Scientifique Régional du Patrimoine Naturel de Basse-Normandie depuis sa création et de 4 comités consultatifs de réserves naturelles nationales (Vauville, Sangsurière, Beauguillot et Marais Vernier).
    Vous avez assuré l’encadrement ou la direction scientifique de plusieurs diplômes universi-taires y compris à l’étranger.
    Au sein du GONm, vous avez œuvré pour que des espaces naturels menacés soient préservés puis classés en espaces protégés : ce sont, en particulier, les Marais de Carentan, l’estuaire de la Seine ainsi que toutes les grandes colonies normandes d’oiseaux de mer.
    Tous ces mérites justifiaient amplement d’être reconnus par l’Ordre National du mérite qui, précisément, les consacre et le Président de la République y a pourvu
    Aussi, Gérard Debout, au nom du Président de la République, et en vertu, ……
  • gonm - Lundi 5 Octobre 2015 16:45
    Réponse de Gérard Debout
    Monsieur le Préfet, mesdames, messieurs, chers amis,
    Je tiens, tout d’abord, Monsieur le Préfet, à vous remercier de nous accueillir ici et d’avoir accepté de nous remettre cette médaille : c’est un honneur qui me touche profondément.
    Je remercie le Ministère chargé de l’environnement et la DREAL de Basse-Normandie qui m’ont jugé digne et suffisamment méritant pour recevoir cette médaille.
    Je remercie Gérard Clouet qui n’y a pas peu contribué.
    Le GONm est une personne morale qui n’existe que par ses adhérents bénévoles et c’est à eux que je dédie cette médaille, en particulier à ceux d’entre eux qui se dévouent … sans compter ni leur temps, ni leur énergie, ni leur … argent ! Cet engagement personnel et citoyen se pour-suit depuis près de 50 ans puisque le GONm existe formellement depuis 1972 mais avait commencé à fonctionner en tant que tel dès 1967. 50 ans : c’est-à-dire plusieurs générations.
    Ces actions ont été jugées suffisamment utiles à la société pour que, dès 1991, l’État nous reconnaisse en nous déclarant d’Utilité publique.
    L’ornithologie que fait le GONm … donc (je n’y reviendrai pas) ce que font ses adhérents … est une science très ancienne dont l’objet est l’oiseau. Cette branche de la zoologie déjà bien identifiée par Aristote a apporté beaucoup à la biologie : pensons à Darwin et ses pinsons aux Galápagos, Mayr et ses études sur la spéciation mais aussi à 2 prix Nobel de physiologie et de médecine (puisqu’il n’y en a pas de biologie !) : Lorenz et Tinbergen pour leurs études sur l’éthologie : oies et choucas pour le premier, goélands et mouettes pour le second.
    Science ancienne donc, mais quand même à la pointe du progrès scientifique tant conceptuel-lement (dynamique des populations, écologie évolutive – études que menait notre fils Gabriel, …) que techniquement (utilisation de la géolocalisation, études isotopiques à visée biogéo-graphique ou à visée d’écologie alimentaire).
    Dans ce champ d’études, quelle est la contribution du GONm ? A-t-elle un sens ?
    Ces études de pointe, le GONm en mène lui-même, particulièrement dans le domaine des études d’écologie des oiseaux marins qui m’est si cher : c’est le cas des recherches menées à la réserve GONm de Chausey sur le tadorne de Belon au début des années 1990 avec des balises radio, celles menées peu après sur les cormorans (grand cormoran et cormoran huppé) avec des balises et des sondes enregistreuses confirmant la séparation des niches écologiques de ces deux espèces sympatriques, et enfin, tout dernièrement les études conduites sur les zones d’alimentation des mouettes tridactyles des réserves de Saint-Pierre-du-Mont et de Fécamp en utilisant des balises enregistreuses des mouvements des oiseaux et déchargeables automatiquement.
    Le GONm est, malgré tout et avant tout, un bon réseau de scientifiques bénévoles : un bon réseau de tels chercheurs est avant tout le garant d’une bonne couverture géographique que lui seul peut assurer : comment recenser autrement qu’avec un réseau de bénévoles, en un seul week-end de janvier, tous les oiseaux d’eau du Paléarctique ? Le GONm a su organiser son réseau d’observateurs pour réaliser des suivis ornithologiques fiables en Normandie et il le fait très bien. Cela a aboutit à une amélioration spectaculaire des connaissances puisque, dé-sormais, nous savons non seulement quel est le statut des oiseaux normands : nicheurs, hiver-nants ou autres, mais nous savons désormais pour presque toutes les espèces leurs effectifs nicheurs, pour beaucoup leurs effectifs en hivernage, nous sommes à même de déterminer quelles sont les variations démographiques de presque toutes les espèces normandes ainsi que leur répartition fine.
    Mais ce que le GONm fait encore plus depuis les années 1960, ce sont deux types d’études :
    - les suivis à long terme dont certains ont presque 50 ans (oiseaux marins nicheurs de Chausey et de Saint-Marcouf en particulier) ;
    - les études de pointe menées par certains adhérents … sur leur temps libre.
    Déjà, à mon arrivée au GONm en 1974 la connaissance que Bernard Braillon avait des vau-tours percnoptères m’avait littéralement sidéré. Mais, peu à peu, j’allais connaître d’autres personnes éminentes (Gaston Moreau, Michel Saussey) dont certains menaient ces études remarquables : Jean Collette et les oiseaux du bocage, Stéphane Lecocq et les oiseaux fores-tiers. Alain Chartier m’a réellement impressionné par son implication, le temps passé à ces suivis, l’énergie déployée pour escalader les arbres et atteindre les nids, la méthode scrupu-leuse mise en œuvre pour étudier les rapaces et la cigogne : des gros oiseaux mais aussi parmi les plus petits comme la cisticole des joncs : n’est-ce pas remarquable que de découvrir que cette espèce disparaît dès qu’il y a trois jours de gel sans dégel ! Voilà bien un indicateur bio-climatique.
    Personnellement, ce sont les oiseaux marins et, surtout, le grand cormoran, symbole de l’ornithologie normande, qui m’ont retenu.
    Ce qui me permet de faire le lien avec le second versant de notre activité, lié au premier et qui en dépend : la protection et la biologie de la conservation. Compter les oiseaux : c’est bien ; constater des déclins et n’en rien faire me semble irresponsable. Constater des déclins et agir pour essayer de les enrayer : c’est mieux. Très tôt, avant même de naître formellement, le GONm s’est occupé de réserves. Sur cette lancée, j’ai constamment agi pour que les oiseaux soient protégés, donc que leurs milieux de vie le soient.
    Au delà de nos seules réserves, le GONm s’est investi pour sauver d’autres sites importants de Normandie, toujours sur des bases scientifiquement étayées, ne serait-ce que les marais de Carentan, le marais du Hode. Pour ce dernier site, j’ai œuvré aux côtés d’un autre type d’ornithologue, Jean-Michel Henry, dont l’investissement dans les démarches administratives et politiques est le pendant nécessaire et indispensable à l’activité scientifique investie dans le domaine de la citoyenneté.
    Notre réseau de réserves donc : il compte plus de 30 sites dont certains sont prestigieux dont deux me sont particulièrement chers : Chausey et Saint-Marcouf. Mais aussi, il y a aussi la Grande Noé, les marais du Cotentin et du Bessin. Nous sommes propriétaires de plus de 220 ha et notre réseau abrite des effectifs importants d’espèces patrimoniales ; je n’en citerai que deux : Chausey qui abrite tous les couples nicheurs français de harle huppé (3 à 5 couples) et l’ensemble de nos réserves maritimes qui héberge plus de 98 % des cormorans huppés nicheurs normands, soit 1,5 % de la population mondiale.
    Ces réserves sont le point de concours de la protection et de la science car, une fois le site préservé, il faut le gérer et la biologie de la conservation va nous y aider : quel niveau d’eau dans le marais ? Pour quelles espèces ? Quel type de fauche ? Pour quelles espèces ? Quand ? Comment ? Faut-il réguler les goélands ? Ou pas ? Comment comprendre les évolutions dé-mographiques lorsque le facteur limitant qui agissait auparavant sur les colonies d’oiseaux de mer, le dérangement humain sur les îles par exemple, n’est plus opérant ? Il faut alors s’occuper de pollution, de ressources alimentaires et de là, de surpêche éventuelle, etc. …
    J’avoue que je n’imaginais pas tout cela lorsque j’ai adhéré au GONm. De fil en aiguille, op-portunités saisies, choix délibérés et acceptation de mettre le doigt dans l’engrenage m’ont conduit à l’engagement pour agir.
    Mais je ne peux pas terminer sans penser à mes enfants : à Gabriel bien sûr et à Guillaume, heureusement là, excellent observateur et dessinateur naturaliste. Enfin, merci à Claire, ma femme sans qui je n’aurai rien fait et qui m’a permis, par son implication, ses conseils et son attention de chaque instant, de mener à bien ma tâche au sein du GONm : elle et moi ne faisons qu’un.